Indiana Coco dans l’antre mystérieuse de Mistinguette

Publié le par Coco la Bulle

Je me pose une question et vous la pose aussi, cher lecteur, si toutefois vous côtoyez également des ados bordéliques : pensez-vous que le mot ‘’rangement’’ ait la même signification pour eux que pour nous ?  Concernant ma benjamine, je suis tout à fait désemparée et doit m’armer de courage à chaque incursion dans sa tanière. En bref, c’est du sport. Chers parents de petits enfants, qui, pour un vague légo qui traîne, taxent leurs rejetons de ‘’bordéliques’’, sachez-le : le vrai bordel, vous ne l’avez encore qu’entrevu…

8h04 ce matin. Tout le monde a déjà déserté, j’ai fait en sorte d’être la dernière dans la salle de bain pour pouvoir me préparer tranquillement. Bon OK, ma réunion ne commence qu’à 11h30 et je dois partir dernier délai à 10h45, mais vu qu’il s’agit d’un truc très important, je veux être au top. La tenue est prévue depuis jeudi, de haut en bas. En peignoir face à mon placard, je cherche des yeux le pull que j’ai choisi. Introuvable. Je sors les piles l’une après l’autre, dès fois qu’il soit caché entre deux autres fringues, mais non. Aucune trace. Et là, j’ai un mauvais flash et je revois Mistinguette quelques jours auparavant, lors d’un de ses mémorables ‘’essayages des fringues de maman’’, ma jupe à sequins noirs, mes talons aiguille et… ce petit pull noir ‘’qui va avec tout’’, c’est elle qui l’a dit. La chamelle. L’idée de mon précieux lainage livré à lui-même, abandonné et tout perdu dans la zone de guerre qu’est la chambre de ma fille m’emplit d’effroi et de pitié. Le pôvre. Dans quel état vais-je le retrouver ?

8h10. Après avoir repris un café et des forces, j’ose une percée dans l’antre de la traîtresse. Je tente d’atteindre la fenêtre pour ouvrir les rideaux. Tout irait bien si le sol était dégagé. Mais non. Craaac. Aïe, sous mon pied droit, bruit suspect de plastique écrasé. En équilibre sur une jambe, je tente d’identifier ce qui vient de me charcuter la voûte plantaire : il s’agit du couvercle d’une grosse boîte de plastique (enfin ex-couvercle désormais). Imprudente que je suis, qui entre pieds nus dans la jungle ! Petit aller-retour dans la salle de bain afin de mettre un pansement sur le bobo.

 8h20. Reprise du match « Coco v/s le bordel de Mistinguette ». J’ai mis des chaussettes + des chaussons (j’ai même hésité à enfiler de vieilles Dr Martens). Seconde tentative : ouiiii, Nelson Monfort au commentaire peut le confirmer, c’est magnifique, je réussis à atteindre la fenêtre, ouvre le rideau et un des battants pour faire un peu d’air. Je me retourne alors et manque de m’évanouir. Le bazar n’est en effet plus masqué par la pénombre, il me saute aux yeux, m’agresse littéralement, bref je le prends en pleine figure et m’écroule sur le pouf pour me remettre de mes émotions. Mauvaise idée, il y avait un truc anguleux sur le siège qui vient de me labourer la fesse droite.  Après examen, l’objet révèle son mystère : il s’agit du chargeur de téléphone de ma fille, noir comme le siège mais beaucoup moins confortable.

8h22. Le postérieur douloureux, au bord du découragement, j’attaque un premier tas de fringues, celui qui se trouve à ma droite. Un chausson de danse, un collant, une chemise, un parapluie, un magazine, une écharpe, un pull, deux pulls, une trousse vide. Deuxième tas, sur la partie gauche du tapis : un autre chausson de danse, une culotte sale, une chaussette, un sac vide, un tee-shirt, un papier de bonbon, un chemisier tout froissé, un gilet, une autre culotte (propre, celle-ci), et toujours pas de pull. Troisième tas, au bout du lit : une peluche, trois chaussettes, le justaucorps de danse, une autre peluche, trois tee-shirts, un vieux magazine. Je peste, je râle, j’insulte la terre entière lorsque tout à coup j’aperçois, sous le lit, à un endroit qui n’a pas reçu la visite de l’aspirateur depuis trop longtemps, un autre tas d’où dépassent…mes talons aiguille et ma jupe à sequins. Une fulgurante plongée à quatre pattes  me permet de découvrir, roulé en boule, à même le sol, mon petit pull en cachemire noir. Larmes de colère. Ça va barder.

8h45. Après avoir repris un café (one again, je vais être à cran), je repars à zéro. Il faut recomposer toute la tenue. Quoique. Cette tunique, que je n’aurais jamais pensé assortir à cette jupe, va finalement très bien. Bien sûr je me garderais de dire à ma fille que sa négligence m’a permis d’enrichir mon éventail de compositions vestimentaires. Ça serait un comble.

17h. Mistinguette, insouciante, revient du collège et, telle le petit poucet, sème ses affaires sur son chemin : le sac de cours par terre dans l’entrée, la pochette deux mètres plus loin, le manteau sur ma chaise de bureau, les bottes au milieu du salon, le gilet sur le canapé, le téléphone dans la cuisine et l’iPod sur la console du couloir. Jusque là tout est normal. Elle marque son territoire, il paraît que c’est comme ça à l’adolescence (euh, qui a écrit cette ineptie ?). Je décide de la laisser goûter tranquillement, mais dès le mini-sandwich choco-pain avalé, je la prends entre quatre-z-yeux pour lui exprimer mon courroux. Elle semble vaguement désolée, me regarde comme si ma réaction virulente était totalement disproportionnée, et lâche : ‘’cool M’man, après tout, ce ne sont que des fringues’’. Je lui intime l’ordre de ranger dans l’heure sinon (menace suprême) je le ferai moi-même demain avec des sacs poubelles. Na.

18h00. Je passe une tête. Mistinguette est vautrée par terre, au dessus des tas, en train de bouquiner. Je m’étrangle. ‘’Mais ça fait pas une heure, calme-toi M’man, et puis je suis retombée sur ce bouquin génial, alors je lis un peu. Tu ne vas pas me reprocher de lire tout de même ?’’. Sale gosse.

20h. Fin du dîner. Entre la poire et le fromage, avec un aplomb fantastique, Mistinguette demande : ‘’Tu me prêteras ton super tee-shirt gris samedi soir pour la soirée chez Justine ?’’. Les ados ont un de ces culots… Réponse du berger à la bergère : c’est niet. Ma fille fait la soupe à la grimace et se lamente, genre Cosette, elle n’aurait ‘’rien à se mettre !!!!’’. Là je lui lâche, royale,  ‘’cool ma chérie, après tout, ce ne sont que des fringues’’.

21h. Miss Bazar regarde un film dans le salon et j’en profite pour faire une incursion dans son repaire. J’ouvre la porte. Miracle. Plus aucune affaire ne traîne. Je fais l’autruche et décide de ne pas aller voir comment une telle chose est possible car j’ai peur de ce que je vais découvrir. Je quitte lâchement la pièce avant de me raviser. Il faut être forte, assumer jusqu’au bout (me dis-je bravement). Demi-tour et direction l’armoire : à peine ai-je actionné le loquet qu’un tsunami textile m’engloutit, les fringues comprimées jaillissent de tous les recoins du meuble. Je hurle et vois débarquer ma fille, interloquée, qui me dit ‘’Mais pourquoi t’as ouvert ? J’avais déjà eu du mal à fermer, alors là, tu ne m’aides pas…’’. Les bras m’en tombent. Je préfère ne rien répondre, lui lance un éloquent regard las et file vider le tube d’Euphytose. Zen, restons zen ♪

 

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rosejasmin 28/04/2011 18:00



quel message !!!! je me croyais à la maison !!!! et surtout quelle plume bien huilée ,un vrai plaisir à lire et puis ça fait du bien de se sentir appartenir à la race des parents d'ados on de
sent moins seul !!!



Coco la Bulle 28/04/2011 18:16



;-) merci Rosejasmin... je crois que nous sommes nombreux(ses) à vivre cela...



Alixe 14/03/2011 21:55



Tout d'abord en temps qu'adolescente de 17ans j'aimerai vous rappelé vos propre bêtises de jeunesse qui même si différent doivent surement avoir tout au temps exaspéré vos parents ! Et puis
effectivement, je l'avoue, nous sommes d'horrible extraterrestre et nous ne nous comprenons pas nous même ! Déplorable.


J'ai beaucoup aimé votre article, bien que je suis plutôt du genre maniaque. Après coup on en rient tous ! Bon courage tout de même, pour ma part je ne suis qu'a l'étape de la fin d'adolescence
qui, si ça peut vous rassuré, n'est pas de tout repos non plus !


Bonne continuation.


Alixe. http://cacadoie.blogspot.com



Coco la Bulle 15/03/2011 08:11



Je te rassure Alixe, mes parents disent que moi aussi, j'étais bordélique... et je me souviens très bien de mon adolescence, ce qui me permet de rester très proche de mes propres ados... et de
mieux les comprendre je crois.


Contente en tout cas que tu aies aimé mon billet. A bientôt !



sable du temps 25/02/2011 10:57



ah! le fameux trajet porte-fenêtre dans l'obscurité d'une chambre d'ado! J'ai vécu ça. J'avais sérieusement envisagé ... la lampe frontale, les chaussures et bâtons de ski !!!


Bon courage.



Coco la Bulle 25/02/2011 11:02



Mais c'est une excellente idée... je vais songer à m'équiper !!!



Manon 17/02/2011 15:52



Hahahaha, tu viens de décrire ma mère et ma soeur. J'adore !!!!


Je viens de découvrir ton blog, tu déchires.



Coco la Bulle 17/02/2011 15:59



Bienvenue dans mes bulles Manon... et merci du compliment !



Béatrice 07/02/2011 19:51



Je lis ... et je me dis "Alleluia, je n'ai pas de fille qui me pique mes fringues !!". Bon, sinon, les mecs c'est un peu pareil niveau "bordel" de chambre



Coco la Bulle 08/02/2011 08:17



Y'a une justice !